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Tribune - Trottinettes électriques, Vélib, Autolib, pourquoi Paris a sombré dans l'anarchie?

Retrouvez cette tribune en intégralité sur le Huffington Post 

18 juin 2019

Pourtant pionnière dans la mise à disposition de vélos et de voitures électriques, la capitale perd doucement et bien malgré ses habitants sa place d'avant-gardiste de la mobilité publique. 

Ils envahissent les trottoirs et nourrissent autant la fascination que l’agacement depuis près d’un an. Les dénommés “engins de déplacement personnel” (trottinettes électriques évidemment, mais aussi gyropodes, hoverboards, monoroues) représentent à la fois tout ce que chacun aime et déteste dans la modernisation du transport. Simples d’utilisation, faciles d’accès, ils permettent une grande liberté de déplacement, sans nuire à l’environnement.

Pour autant, trop souvent abandonnés à même le sol ou filant à vive allure sur les trottoirs aux mains de conducteurs négligents, ils sont directement impliqués dans un nombre croissant d’accidents, sans parler des courses à la recharge opérées chaque soir par les fameux “juicers”, ces rechargeurs de batteries souvent maintenus dans la précarité.

Entre les deux, les cœurs balancent. Aimés autant que détestés, ces nouveaux engins représentent à eux seuls les difficultés de villes et de pratiques en mutation constante. Les réglementations, souvent non concertées, parfois inadaptées, se multiplient. Perçues négativement, elles sont pourtant la condition sine qua non de la pérennisation de ces engins de déplacement.

Dans un contexte de multiplication intempestive et mal contrôlée des offres privées, il se pourrait même que ces nouvelles mobilités soient une réelle opportunité pour les services publics des municipalités. 

Jusqu’à aujourd’hui, les maires avaient le choix entre interdire le développement de ces offres sur leurs domaines publics comme à Bordeaux, ou laisser faire, comme à Paris.

La Loi d’Orientation des Mobilités va créer les conditions de la régulation des entreprises de free-floating en les soumettant à une autorisation préalable du maire ainsi qu’à un cahier des charges. Mais comment expliquer ces différences évidentes de stratégie? A Paris, la Ville vient d’annoncer quelques mesures pour calmer les colères bien trop attisées par un laxisme dangereux, en témoigne le nombre de plaintes et d’accidents. Sous couvert du temps pris par le débat parlementaire, elle a justifié le retard pris dans les décisions que la mairie, largement compétente en la matière, aurait pu et dû prendre bien avant.

Mais dans la capitale, tout laisse à croire que le bât blesse surtout du côté de l’offre publique. En effet, l’arrêt brutal du service Autolib tout comme le changement d’opérateur catastrophique du célèbre Vélib incarnent à eux seuls l’immense gâchis de ce qui faisait jusqu’à récemment la fierté de Paris: un service public de la mobilité. Pourtant pionnière dans la mise à disposition de vélos et de voitures électriques, la capitale perd doucement et bien malgré ses habitants sa place d’avant-garde de la mobilité publique. 

En tant que parlementaires parisiens, nous voulons défendre la vision d’un service public de la mobilité, garant efficace non seulement de qualité, mais également de protection des offres déjà existantes de mobilités douces face à une prolifération non-contrôlée d’opérateurs privés. On ne se déplace plus aujourd’hui comme on le faisait hier. Les vélos et trottinettes en libre-service, qui matérialisent cette transformation indéniable du transport dans nos villes, doivent répondre aux exigences de la collectivité.

Exigence de respect de l’espace public grâce à des emplacements réservés et exclusifs. Exigence sociale pour ceux qui travaillent au bon fonctionnement du service.

Exigence financière pour les contribuables, afin d’avoir un service public de qualité qui ne soit pas concurrencé par n’importe quelle entreprise en dehors des règles.

Pour Paris, qu’il soit mis un terme à l’actuel Vélib, aussi coûteux pour le contribuable parisien qu’inutilisable. Remplaçons le enfin par un service Vélib fonctionnel et adapté, délivré des contraignantes bornes de stationnement. Poursuivons dans la voie des mobilités douces en créant les conditions d’un service public des trottinettes en libre-service. 

Les engins de déplacement personnel, pour le pire comme le meilleur, ne laissent personne indifférent. Ils incarnent parfaitement le changement de paradigme qui nous conduit désormais à parler de “mobilités” plutôt que de “transports”. Afin qu’ils tiennent eux-mêmes la promesse de durabilité pour laquelle ils ont été créés, et pour que nos villes accompagnent ces transformations profondes, recréons un service public de la mobilité fiable et vertueux. 

Cette tribune est signée par: 

Pacôme Rupin, député de Paris (LREM), spécialiste des questions de mobilités

Laetitia Avia, députée de la 8ème circonscription de Paris (LREM)

Olivia Grégoire, députée de la 12e circonscription de Paris (LREM)

Sylvain Maillard, député de la 1ère circonscription de Paris (LREM)


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