La violence est-elle de retour ?

Ces dernières semaines ont été marquées par une recrudescence de la violence, à tous les niveaux de notre vie quotidienne et politique. Dans un lycée à Créteil, un élève braque une arme – certes factice – sur une enseignante. Dans les rues de Paris, une jeune fille est violemment frappée au visage parce qu’elle s’indigne d’une remarque sexiste. Dans le 20ème arrondissement, un adolescent de 16 ans perd la vie dans une rixe entre bandes rivales. A Rouen, un homme est séquestré et roué de coup pendant deux heures parce qu’il est homosexuel. A Pittsburgh, onze paroissiens d’une synagogue sont abattus de sang-froid par un extrémiste antisémite. Au Brésil, un homme ouvertement homophobe, raciste et climatosceptique est élu démocratiquement, alors même qu’il promet de mettre en prison ou d’expulser ses opposants politiques.

Y a-t-il davantage de violence qu’avant dans nos sociétés ? Les statistiques sont formelles, non. Le nombre de crimes baisse de manière constante depuis des décennies. En revanche, notre rapport à la violence a changé, elle devient de plus en plus intolérable. Les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue permettent de rendre compte de beaucoup plus d’agressions. Ces images montrent l’inacceptable, comme les visages tuméfiés de personnes attaquées parce que homosexuelles, et nous poussent à mener tous les combats nécessaires pour vivre dans une société sans violence.

Le premier combat, c’est l’école. Les enfants sont de plus en plus exposés à la banalisation de la violence à cause d’internet, et il faut les protéger davantage. L’interdiction des téléphones portables est une réponse à court terme. Mais à plus long terme, il faut surtout renforcer l’encadrement et l’autorité à l’école et à l’extérieur de l’école. Le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP et REP+ en est un exemple, car il garantit un bien meilleur encadrement à un moment décisif dans l’éducation d’un enfant, quand il apprend à lire, écrire et compter. Il faut aussi renforcer le nombre et la formation des personnels d’encadrement qui sont au plus proche des élèves (CPE, surveillants) et qui suppléent et aident les enseignants. Cela passe aussi par un changement réel de paradigme du point de vue des parents, qui trop souvent défient l’autorité des professeurs pour défendre leurs enfants : ils doivent être du côté du corps enseignant, sans aucune demi-mesure. Le hashtag « pas de vague » est révélateur du sentiment d’isolement et du manque de respect que ressentent les professeurs. Ils incarnent le savoir et la transmission des connaissances, ils sont le ciment et les premiers ambassadeurs des valeurs de notre République, défendons-les.

Le second combat, c’est la lutte contre les discriminations. L’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen nous rappelle que la sûreté est un de nos droits fondamentaux, au même titre que la liberté. Nous ne pouvons pas tolérer à Paris, en 2018, qu’un enfant décède dans une bagarre pour des raisons futiles, qu’une femme doive éviter certaines rues ou tenues pour ne pas se faire harceler, que deux personnes homosexuelles se refusent à se tenir par la main ou à s’embrasser pour ne pas se faire frapper. Cela prolonge la question de l’éducation, puisqu’apprendre la tolérance et le respect de l’autre se fait lors de l’enfance. Mais pour ceux qui, adultes, ne supportent pas la différence et utilisent la violence, il faut que la Loi soit suffisamment sévère et surtout qu’elle soit appliquée pour qu’ils soient dissuadés de passer à l’acte. Nous ne pouvons plus supporter d’entendre des témoignages de refus de dépôt de plainte au commissariat de la part de personnes discriminées ou violentées. Nos forces de l’ordre et nos magistrats doivent montrer une rigoureuse sévérité contre toutes les formes de violences, physiques ou verbales. C’est pour cela que les policiers doivent être au plus près du terrain pour assurer la sécurité et donc la liberté des citoyens. Le déploiement de la Police de Sécurité du Quotidien dans les quartiers les plus difficiles doit permettre de rétablir un lien de confiance entre population et force de l’ordre.

Le troisième combat se trouve sur le terrain de la politique. C’est pour les hommes et les femmes politiques que l’exemplarité des comportements doit être la plus forte. On ne peut pas à la fois lutter contre la violence verbale ou physique dans notre société, et la légitimer lorsque l’on a des responsabilités politiques. Quand Jean-Luc Mélenchon menace un policier ou s’en prend physiquement à un procureur de la République en mettant en cause l’indépendance de la justice, il incite à une forme de violence et la banalise. Pour certains, la violence est devenue le seul catalyseur de l’expression politique : c’est le logiciel d’un Viktor Orban ou d’un Matteo Salvini. Il est devenu trop fréquent de voir un homme ou une femme politique apporter son approbation, directement ou par sous-entendus, à des actes ou des paroles violentes. Pire, des personnalités ouvertement nostalgiques de la violence en politique se font élire, comme Jair Bolsonaro au Brésil ou Rodrigo Duterte aux Philippines. Le plus grand paradoxe est là, beaucoup de citoyens qui ne supportent plus la violence se tournent vers des partis d’extrême-droite, pour régler le problème avec pourtant le même remède. Ces scissions dans les sociétés humaines sont très dangereuses, elles sont les prémices de guerres civiles ou plus largement de conflits mondiaux.

La violence est donc ce dernier maillon d’une chaine qui commence par le repli sur soi-même, passe par la peur et débouche sur la haine. La violence est le fait de ceux qui n’ont « plus rien à perdre », comme l’ont montré les plus sombres heures de notre histoire dans les années 1930. La société est aussi le reflet de l’image que donnent les politiques d’eux-mêmes. La genèse d’En Marche et la promesse initiale d’Emmanuel Macron portaient fondamentalement cette idée que l’on peut et que l’on doit rassembler un certain nombre de personnalités qui ont des idées ouvertes, tolérantes, progressistes, et qui sont capables de débattre, parfois avec passion, mais sans tomber dans l’outrance. Dans un monde où les idées les plus sombres refont surface, il est temps de nouveau de combattre ensemble contre toutes les formes de violence.

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