Créer une métropole forte pour répondre à la crise du logement à Paris

Depuis 20 ans, Paris s’est enfoncé dans une profonde crise du logement, avec un manque criant d’offre et un coût des loyers qui a explosé. Le parc du logement social est bouché et ne répond pas à sa mission principale, celle de proposer un logement aux plus fragiles, afin de garantir la mixité sociale dans tous nos territoires. Le marché privé est maintenant hors de portée pour nombre de foyers issus des classes moyennes, notamment les jeunes couples et les familles nombreuses. Le niveau d’exigence des dossiers nécessaires pour accéder à un logement a atteint des sommets. Paradoxalement, alors qu’il n’y a jamais eu autant de demandes, le nombre de logements vacants a explosé (26% dans le centre de Paris), car beaucoup de propriétaires ne souhaitent plus louer, par manque de confiance dans le cadre réglementaire qui donne des droits trop importants aux locataires en situation d’impayé. L’encadrement des loyers a entamé davantage l’attractivité d’une location classique. Les locations touristiques, plus rentables et plus flexibles, rencontrent un succès important qui vient dérégler la vie dans l’immeuble et dans les quartiers. Pour finir, le dispositif d’hébergement d’urgence ne permet pas de répondre aux problèmes des personnes sans domicile fixe. Malgré une augmentation du nombre de places, l’hébergement d’urgence est bloqué par une population qui devrait avoir accès à des logements dans le parc social ou même dans le marché privé. La puissance publique paye chère des nuits d’hôtel tous les soirs aux personnes sans domicile fixe.

La situation est donc catastrophique. Elle ne se réglera pas par des politiques “pansements” sans aucune mesure avec l’ampleur du problème, mais par des décisions structurelles majeures. Par exemple, la Ville de Paris dépense beaucoup d’argent à racheter quelques appartements dans le parc privé pour en faire du logement social, mais sans réel impact sur la gravité de la situation.

Le nouveau plan logement du gouvernement prend toute la mesure du défi dans les zones tendues : il vise à créer un “choc d’offre”, ce qui représente la seule stratégie efficace pour réduire la pression sur le niveau des loyers et surtout proposer un logement à tous ceux qui veulent habiter à Paris et sa métropole. Félicitons-nous d’avoir une capitale attractive où il y a du travail au lieu de décourager les gens de venir s’y installer.

De plus en plus d’entreprises font face à des difficultés de recrutement liées à la crise du logement. Avec le niveau de chômage actuel, pouvons-nous nous le permettre ? La vérité est que nous avons perdu vingt ans. Il manque dans l’agglomération au moins 500 000 logements parce que nous n’avons pas de gouvernance métropolitaine efficace qui permette de construire vite.

Dans l’atelier citoyen que j’ai organisé lundi dernier en circonscription, la grande majorité des participants à considéré que la Métropole et la mise en oeuvre du Grand Paris étaient les seules réelles solutions à la crise du logement à Paris sur le long terme. Je ne peux qu’être d’accord avec eux !

La métropole du Grand Paris a été créée le 1er janvier 2016. C’est une assemblée d’élus supplémentaire avec très peu de pouvoir et de moyens financiers. Droite et gauche ont réussi à s’entendre pour qu’elle demeure une coquille vide. C’est pourtant le bon niveau pour mener une politique du logement efficace :

  • Il n’est plus possible de construire massivement dans le Paris intrapériphérique par manque de place et par contrainte patrimoniale, alors même qu’il reste des zones entières à construire en dehors du périphérique, avec plus de liberté pour construire en hauteur. Il est possible aujourd’hui de construire vite et bien des tours écologiques et architecturalement intéressantes.
  • Il faut créer une “conscience métropolitaine” qui rende attractive toute la zone dense, et non pas seulement le centre de Paris. Chaque habitant de l’agglomération doit se sentir habiter à Paris avec un niveau d’accès au transport, au travail, à la vie culturelle équivalent à celui de Paris. Cette articulation du triptyque logement-transport-travail ne peut être mené efficacement qu’au niveau de la métropole.
  • Le tourisme est trop concentré dans le centre de Paris alors même que des musées, des quartiers pourraient être développés partout dans la métropole, et diminuer la pression des locations touristiques sur le marché du logement.
  • Les demandes de logement social sont trop concentrées sur Paris. Elles sont gérées par la Ville de Paris et les arrondissements, alors que les dossiers devraient être gérés au niveau métropolitain afin qu’il y ait davantage d’offres proposées, sur un périmètre plus large, pour les situations les plus urgentes.
  • L’hébergement d’urgence doit aussi s’organiser sur le périmètre de la métropole, que ce soit pour les personnes sans domicile fixe ou pour les migrants, afin d’assurer un accueil digne aux personnes les plus fragilisées.

Pour répondre au défi du logement, il nous faut de toute urgence réformer la gouvernance territoriale francilienne et donner le pouvoir, la compétence et les moyens financiers à la métropole sur ce sujet. Cassons cette barrière imaginaire qu’est le périphérique pour nombre de nos concitoyens, en nous donnant les moyens de construire la vie et l’urbanisme en dépit, à travers et au-delà de ce périphérique. Changeons notre regard sur ce que doit être la capitale, pour que chacun se sente parisien.

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